La vie (pas) très cool de Carrie Pilby - Caren LISSNER

Publié le par Amy

La semaine dernière au téléphone, ma mère m'a reproché de ne pas avoir écrit depuis longtemps sur mon blog. Reproche plutôt gentil, puisqu'il prouve un intérêt dont je suis heureuse, notamment parce que j'ai créé ce blog il y a trois ans, quand j'habitais encore Paris, pour pouvoir maintenir un lien dans notre passion quotidienne qu'est la lecture.

 

J'étais donc toute prête à répondre à sa requête dans la minute suivante, mais je me suis rendu compte que je n'avais malheureusement rien de très passionnant à raconter sur mes dernières lectures. En effet, comme je l'ai déjà dit dans un précédent billet, il m'est difficile de lire quand je rentre de vacances, et je me suis donc plongée dans des livres plutôt faciles, ce qui n'est en rien un gage de mauvaise qualité, me direz-vous, mais en l'occurence, si !

 

J'ai tout de même envie de vous faire partager quelques impressions sur un titre que je me suis offert pour mon anniversaire, La vie (pas) très cool de Carrie Pilby de Caren Lissner. Pour être concise, disons que Carrie est une jeune fille surdouée qui, à 19 ans est diplômée de Harvard. Malheureusement, elle a beaucoup de mal à établir des contacts humains, notamment car elle déteste l'hypocrisie et le mensonge. Elle ne supporte pas la médiocrité, et ne veut fréquenter que des êtres dont l'intelligence égalerait la sienne.

La lecture de ce roman m'a mise très mal à l'aise, car on n'a vraiment pas l'impression que c'est un être humain qui parle, mais plutôt un être désincarné, à la limite du robot. Mais ce qui m'a le plus troublée, c'est que je me suis parfois retrouvée dans certaines situations, certaines pensées de la narratrice. Pourtant, je ne suis pas supérieurement intelligente et ma sensibilité est telle que je me décrirais comme une hypersensible. Gardez ceci à l'esprit en lisant le passage qui suit.

 

Il est vrai qu'avant, toute mon assurance découlait de mes notes. Un sourire d'un professeur était comme un baiser pour moi. Je réussissais à les obtenir de manières régulière, juste en m'appliquant de mon mieux dans mes devoirs ou en composition. J'étais capable de reproduire ça plusieurs fois par semaine. C'était en mon pouvoir. Travailler dur, obtenir un baiser.

Il y avait des dates limites, des devoirs, des questionnaires, des concours. Les compliments abondaient. Les professeurs s'épanchaient sur mes bulletins. Chaque A étant comme une caresse dans le dos. [...]

Sauf qu'aujourd'hui, je ne vais plus à l'école.

 

C'est exactement ce que j'ai ressenti en quittant le monde des études. C'était le seul domaine dans lequel je connaissais les codes pour réussir, et je me retrouvais dans le vrai monde tout à coup. Neuf ans plus tard, je commence tout juste à saisir les codes d'accès du monde dans lequel je vis. C'est pourquoi j'ai trouvé ce livre dérangeant, j'ai eu l'impression de voir mon propre parcours en accéléré, toutes ces difficultés pour entrer en communication avec les autres, ce qui a l'air tellement facile et qui a été tellement compliqué pour moi.

 

Et, juste pour faire écho à une conversation que j'ai eu avec une collègue il y a quelques mois, qui m'a mise très en colère par la radicalité de son propos, je reproduis les mots de la narratrice : [...] devrions-nous rejeter tout ce qui est susceptible de nous aider à aller mieux ? Même si c'est un médicament. Parce que la littérature, c'est aussi cela : faire passer des messages qui nous touche particulièrement. Parce que certains passages de la vie sont plus douloureux que d'autres mais nous permettent de grandir et de repousser nos limites. Parce que les jugements des autres peuvent être plus blessants que n'importe quelle arme. Parce qu'il est insupportable d'être jugé alors que l'on essaie juste de vivre au mieux avec soi-même. De se lever, de se nourrir correctement, d'aller travailler, éventuellement de regarder son reflet dans un miroir, dans les meilleurs jours.

 

Je ne sais pas si je dois vous recommander ou non la lecture de cet ouvrage, chers Bérénice addicts. Suivez votre instinct, il est souvent le mieux placé pour vous guider...

 

Caren Lissner, La vie (pas) très cool de Carrie Pilby, Darkiss, impr. 2010

Publié dans Critique d'oeuvre

Commenter cet article

Joelle 01/09/2010 09:31



Je le note malgré le fait que je me soucie très peu des jugements des autres à mon égard et que je risque peut-être de ne pas vraiment m'identifier à l'héroïne. Mais le sujet m'interpelle malgré
tout :)